Deux modèles économiques, souvent mis dans le même panier, n’ont pourtant pas grand-chose en commun : le système pyramidal et le marketing multi-niveaux (MLM). Le premier, interdit dans bien des législations, s’alimente en recrutant sans fin, au profit d’une poignée de personnes en haut de l’échelle. Le second, même s’il suscite la controverse, s’appuie sur la vente de produits ou de services, offrant des commissions à ceux qui vendent et à ceux qui développent leur réseau.
Ce qui sépare vraiment ces deux mondes, c’est la façon dont l’argent circule et la légitimité du modèle. Là où le système pyramidal s’effondre sans un flux continu de nouveaux venus, le MLM peut tenir la route, à condition d’une activité commerciale réelle. Saisir cette frontière, c’est déjà éviter bien des pièges.
Définition et fonctionnement du marketing multi-niveaux (MLM)
Le marketing multi-niveaux, appelé aussi marketing de réseau, trouve ses racines aux États-Unis dans l’entreprise The California Perfume, devenue Avon. David MacConnell, son fondateur, a ouvert la voie à ce modèle. Ici, on parle de vente directe de produits ou de services concrets, loin des promesses vides.
Fonctionnement
Le principe du MLM : des distributeurs sont invités à élargir le réseau en recrutant de nouveaux membres, créant ainsi une chaîne de distributeurs indépendants. Chacun touche des commissions sur ses ventes et celles générées par son réseau. Cette organisation permet à la fois une rémunération individuelle et collective, en fonction des efforts et des résultats.
Voici quelques réalités du terrain pour illustrer ce modèle :
- Les distributeurs peuvent être VRP ou auto-entrepreneurs, avec des statuts flexibles.
- Les produits proposés vont des suppléments diététiques, aux ustensiles de cuisine ou encore aux produits de beauté.
Réglementation
Le MLM ne s’improvise pas : plusieurs articles du Code de la consommation balisent le terrain. L’Article L122-6 bannit les pratiques pyramidales, tandis que l’Article L122-7 oblige à ce que la rémunération soit liée à la vente des produits, non au simple recrutement. L’objectif : limiter les dérives et s’assurer que le modèle repose bien sur une activité commerciale.
Des sociétés comme Herbalife ou Tupperware ont popularisé ce mode de distribution en multipliant les réunions à domicile, un format ancré dans les années 1950. D’autres, comme Amway, poursuivent leur développement avec ce schéma.
Définition et fonctionnement du système pyramidal
Le système pyramidal est souvent pris à tort pour du marketing multi-niveaux. Pourtant, sa logique diffère radicalement : la rémunération ne repose pas sur la vente de produits ou services, mais uniquement sur le recrutement. Les nouveaux venus doivent verser une somme pour entrer dans la boucle, et les gains dépendent du nombre de personnes recrutées en aval.
Caractéristiques
Plusieurs éléments permettent de reconnaître un système pyramidal :
- La rémunération découle essentiellement des frais d’inscription des nouveaux membres.
- Il n’existe bien souvent aucun produit ou service réel à vendre.
- La survie du système dépend du recrutement incessant de nouveaux membres.
Réglementation
L’Article L121-15 du Code de la consommation interdit sans détour la vente selon la méthode dite de la boule de neige et autres procédés similaires. Ces dispositifs sont illégaux, car ils ne tiennent pas la distance et causent d’importantes pertes financières à la majorité des participants.
Des sociétés comme Fuel Freedom International ont utilisé ce modèle pour commercialiser des produits comme les MPG-CAPS. D’après Jon M. Taylor, observateur attentif de ces systèmes, le schéma est pensé pour ne profiter qu’à une poignée tout en haut. La Federal Trade Commission (FTC), aux États-Unis, a d’ailleurs multiplié les mises en garde contre ces pratiques, insistant sur leur caractère frauduleux et sur les risques pour les investisseurs peu avertis.
Principales différences entre MLM et système pyramidal
Ce qui sépare le MLM (marketing multi-niveaux) du système pyramidal, c’est avant tout la structure et la finalité du modèle. Le MLM s’appuie sur la distribution de produits ou services réels grâce à un réseau de distributeurs indépendants. À l’inverse, le système pyramidal se concentre uniquement sur le recrutement, sans véritable échange de biens ou de services.
Rémunération
Voici comment se répartissent les sources de revenus dans chaque modèle :
- Dans un MLM, les distributeurs sont rémunérés sur les ventes personnelles ainsi que sur celles réalisées par leur équipe.
- Dans un système pyramidal, le gain provient du recrutement, sans lien avec une activité de vente.
Légalité
Sur le plan légal, la différence saute aux yeux :
- Le MLM est reconnu et encadré, notamment par l’Article L122-6 du Code de la consommation qui proscrit les systèmes pyramidaux.
- Le système pyramidal est interdit par l’Article L121-15 du Code de la consommation, précisément parce que son fonctionnement ne tient pas la route et repose sur la tromperie.
Objectifs
Les ambitions affichées ne sont pas les mêmes :
- Le MLM cherche à bâtir un réseau de vente directe, avec des produits comme des compléments alimentaires, des ustensiles ou des cosmétiques.
- Le système pyramidal n’a qu’une obsession : recruter, au détriment d’une véritable stratégie de distribution.
Réglementation
Sur le terrain réglementaire, la distinction est nette :
- Les entreprises MLM doivent respecter des règles strictes, à l’image de l’Article L122-7 du Code de la consommation, qui exige que la rémunération vienne de la vente, pas du recrutement.
- Les systèmes pyramidaux, pour leur part, enfreignent la loi et se heurtent régulièrement aux sanctions des autorités.
Face à ces deux modèles, une vigilance s’impose. Derrière l’apparence parfois séduisante d’un réseau florissant, il vaut toujours mieux regarder d’où vient vraiment l’argent : du produit… ou du prochain sur la liste ?


